Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année X — Décembre 1867.

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QUELQUES MOTS À LA REVUE SPIRITE.

Par le journal l’Exposition populaire illustrée.

1. — L’Exposition populaire illustrée contient, dans son trente-quatrième numéro, l’article suivant au sujet des réflexions dont nous avons fait suivre les deux articles de notre dernier numéro sur le curé Gassner et les pronostics, que nous avions empruntés à ce journal :


« La Revue spirite est un journal spécial mensuel qui, depuis dix ans, soutient courageusement la lutte contre la classe nombreuse des écrivains et des hommes superficiels qui traitent, à l’envi les uns des autres, les adeptes de la foi nouvelle « d’illuminés, d’hallucinés, de dupes, de fous, d’imposteurs, de charlatans, et enfin de suppôts de Satan. » Vous voyez que certains écrivains aiment mieux insulter, outrager que discuter.

« O mon Dieu ! tout ce vocabulaire fut épuisé il y a trente-cinq à trente-six ans, contre les SAINT-SIMONIENS,  †  et, si nous ne faisons erreur, l’éloquence du Parquet se mit de la partie, et il nous semble que le PÈRE et un de ses ardents disciples furent atteints par une condamnation qui les a laissés libres de diriger de grandes administrations, de siéger à l’Institut, d’être élevés à la dignité de sénateur, de porter en bandoulière les insignes de diverses décorations, la croix d’honneur comprise, mais qui ne leur permet pas seulement de siéger dans le Conseil municipal de leur village, mais encore d’user du droit civique du vote.

« Vous voyez bien que l’outrage ne signifie pas grand-chose ; toutefois aussi vous voyez bien toujours qu’il en reste quelque chose ; – c’est une espèce de calomnie ; or, la calomnie, on l’a dit bien longtemps avant nous, quand elle ne brûle pas, noircit.

« Revenons aux Spirites ; qui sait ce qui est réservé aux hommes de l’école spirite ? Peut-être les verrons-nous un jour se faire la courte échelle pour arriver aux sommités du pouvoir, ainsi que l’ont fait MM. les saint-simoniens.

« Toujours est-il qu’ils progressent (les Spirites), qu’ils grossissent leurs rangs d’hommes graves et intelligents, de magistrats réputés dans leur corps.

« Nous parlons aujourd’hui de la REVUE SPIRITE, parce que la Revue Spirite a bien voulu s’occuper de nous dans son dernier numéro (celui de novembre)… Elle a reproduit divers passages de notre vingt-quatrième numéro, relatifs à une correspondance sur les thaumaturges, et s’est empressée de protester contre la qualification de thaumaturge que nous avons donnée, dans divers autres articles, au guérisseur Jacob [v. Le zouave guérisseur du Camp de Châlons,] et aux guérisseurs passés, présents et futurs, alors qu’ils guérissent en dehors de la thérapeutique scientifique.

« La Revue spirite proteste contre ce mot THAUMATURGE, par la raison qu’elle n’admet pas que rien se fasse en dehors des lois naturelles… ; mais il me semble que c’est ce que notre petit journal a déjà dit plus de vingt fois.

« Il n’y a rien, rien, rien, en dehors des lois naturelles.

« Tout ce qui est, tout ce qui advient, tout ce qui se produit, est la résultante de lois naturelles, de phénomènes naturels CONNUS OU INCONNUS.

« Oui, mille fois oui, « les phénomènes qui appartiennent à l’ordre des faits spirituels ne sont pas plus miraculeux que les faits matériels, attendu que l’ÉLÉMENT spirituel est une des forces de la nature, tout aussi bien que l’ÉLÉMENT matériel, » dites-vous !

« Oui, messieurs, mille fois oui, nous partageons votre sentiment ; mais nous protestons contre cette expression élément, tout comme vous avez protesté contre la qualification de thaumaturge donnée par nous à un Spirite conscient ou inconscient.

« Le mot thaumaturge vous choque ; donnez-m’en un autre, rationnel, logique, compréhensible… je l’accepterai.

« Par conséquence logique, le mot miracle doit vous choquer ; – donnez-en un autre pour rendre, pour exprimer ce que rend, ce qu’exprime le mot miracle, et je l’adopterai.

« Mais tant que votre, que notre dictionnaire ne sera pas fait, ne sera pas connu, il faut bien avoir recours au Dictionnaire de l’Académie - Google Books ; véritablement, messieurs les Spirites, il ne faut pas s’octroyer la prétention d’avoir un autre vocabulaire que MM. les Quarante [membres de l’Académie].

« Linguistiquement, académiquement parlant, qu’est-ce qu’un thaumaturge ? un faiseur de miracles.

« Qu’est-ce qu’un miracle ? – Un acte de la puissance divine, contraire aux lois connues de la nature.

« Donc, MM. les guérisseurs, les Hohenlohe, les Gassner, les Jacob, sont des thaumaturges, des faiseurs de miracles, car ils agissent en dehors des lois connues de la nature.

« Inventez, créez, donnez, promulguez un nouveau mot et nous l’adopterons ; mais, jusque-là, permettez-nous de conserver le vieux vocabulaire et de nous y conformer jusqu’à nouvelle instruction, nous ne pouvons faire autrement.

« Savez-vous comment agit Jacob ? dites-le ; – si vous ne le savez pas, faites comme nous, reconnaissez qu’il agit en dehors des lois connues de la nature, donc il est thaumaturge.

« Pour notre compte, nous protestons, avons-nous dit, contre le mot élément, par une raison très simple, c’est que nous déclarons ignorer complètement quel est et ce qu’est l’élément spirituel, pas plus que nous ne savons ce qu’est l’élément matériel.

« En fait d’élément spirituel, nous ne reconnaissons que l’élément créateur : Dieu… – En toute humilité, en toute vénération, nous courbons la tête et respectons l’inexplicable mystère de l’incarnation du souffle de Dieu en nous… nous bornant à répéter ce que nous avons dit :

« Il y a en nous un inconnu qui est nous, qui tout à la fois commande à notre moi matière et lui obéit. »

« Pour ce qui est de l’élément matériel, nous proclamons de toute la puissance de notre sincérité que nous ne sommes pas moins embarrassés… la création du premier homme, de la première femme, en tant qu’êtres matériels, est un mystère aussi inextricable que celui de la spiritualisation de cet être créé.

« Voile de ténèbres, secret du Créateur qu’il n’est pas permis de soulever, de pénétrer.

« L’élément primitif est Dieu ou est en Dieu… Ne cherchons pas, et disons avec le plus savant des docteurs de l’Église : « Ne cherchez pas à pénétrer ce mystère, vous deviendriez fou. »

« Maintenant, nous demanderons à messieurs de la Revue spirite, ceux qui croient à la double vue, à la vue spirituelle, pourquoi ils s’élèvent contre les phénomènes physiques considérés comme des pronostics d’événements heureux ou malheureux.

« Ces phénomènes, dites-vous, n’ont en général aucune liaison avec les choses qu’ils semblent présager. [Voir : Les pressentiments et les pronostics]. Ils peuvent être les précurseurs d’effets physiques qui en sont la conséquence, comme un point noir à l’horizon peut présager au marin la tempête, ou certains nuages annoncer la grêle, mais la signification de ces phénomènes pour les choses de l’ordre moral doit, ajoutez-vous, être rangée parmi les croyances superstitieuses qu’on ne saurait combattre avec trop d’énergie.

« Expliquez-vous un peu mieux, messieurs, car vous touchez ici à une des graves questions des sciences cabalistiques, des prévisions prophétiques.

« Dites-nous franchement, loyalement, dans quelle catégorie vous classez les influences numériques ; les niez-vous, les contestez-vous, y croyez-vous ?… Avez-vous jamais réfléchi à ces questions ? [v. La science de la concordance des nombres et la fatalité.]

« Prenez garde ; tout s’enchaîne dans les mystères de la création, dans le secret des corrélations des mondes, des corrélations planétaires. Vous croyez à vous-même, à votre moi spirituel, à votre Esprit incarné, et vous croyez aussi aux Esprits désincarnés : donc aux Esprits qui ont été incarnés et qui, épurés de leur incarnation précédente, attendent une incarnation, nous ne dirons pas plus céleste, plus divine, mais plus angélique… Voilà votre foi ; et puis, vous arrêterez la mathématique divine, et vous dites : Je ne crois pas à cette prescience régulière qui porterait atteinte à mon libre arbitre ; je ne crois pas à ces calculs de détail… Bornez-vous à douter, messieurs ; mais ne niez pas.

« Si vous étudiiez l’histoire de l’humanité en prenant pour guide les concordances numériques, vous resteriez écrasés et n’oseriez plus dire qu’on ne saurait combattre cette croyance superstitieuse avec trop d’énergie.

« Nous pouvons mettre sous vos yeux plus de QUATRE MILLE concordances numériques, historiques, indiscutables. Faites arriver un événement, naître ou mourir un an plutôt ou plus tard, et la concordance cesse… Quelle loi les règle ?… Mystère de Dieu, – secret inconnu de la créature… ; – et comme tout se lie et s’enchaîne, osez, vous qui, en votre qualité de Spirite, devez croire au magnétisme, à la somno-activité, au somnambulisme ; vous qui devez croire à l’AGENT (et non ÉLÉMENT) SPIRITUEL, comment pouvez-vous NIER les lois inconnues qui régissent les relations des mondes entre eux ?… Vous croyez aux relations des Esprits INCARNÉS avec les Esprits DÉSINCARNÉS ! Soyez donc logiques et ne reculez devant aucune possibilité cachée encore dans les ténèbres de l’inconnu.

« Nous reviendrons sur cette question, qui n’est pas neuve, mais qui est toujours demeurée dans les LIMBES DE LA SCIENCE. (Nous nous servons de ce mot avec intention.) »


2. RÉPONSE.


Les raisons pour lesquelles le Spiritisme répudie le mot miracle pour ce qui le concerne en particulier, et en général pour les phénomènes qui ne sortent pas des lois naturelles, ont été maintes fois développées, soit dans nos ouvrages sur la doctrine, soit dans plusieurs articles de la Revue Spirite. Elles sont résumées dans le passage suivant, tiré du numéro de mai 1867, page 132 [De l’emploi du mot miracle] :


« Dans son acception usuelle le mot miracle a perdu sa signification primitive comme tant d’autres, à commencer par le mot philosophie (amour de la sagesse), dont on se sert aujourd’hui pour exprimer les idées les plus diamétralement opposées, depuis le plus pur spiritualisme, jusqu’au matérialisme le plus absolu. Il n’est douteux pour personne que, dans la pensée des masses, miracle implique l’idée d’un fait extranaturel. Demandez à tous ceux qui croient aux miracles s’ils les regardent comme des effets naturels. L’Église est tellement fixée sur ce point qu’elle anathématise ceux qui prétendent expliquer les miracles par les lois de la nature. L’Académie elle-même définit ce mot : Acte de la puissance divine, contraire aux lois connues de la nature. – Vrai, faux miracle. – Miracle avéré. – Opérer des miracles. – Le don des miracles.

« Pour être compris de tous, il faut parler comme tout le monde ; or, il est évident que si nous eussions qualifié les phénomènes spirites de miraculeux, le public se serait mépris sur leur véritable caractère, à moins d’employer chaque fois une circonlocution et de dire que ce sont des miracles qui ne sont pas des miracles comme on l’entend généralement. Puisque la généralité y attache l’idée d’une dérogation aux lois naturelles, et que les phénomènes spirites ne sont que l’application de ces mêmes lois, il est bien plus simple et surtout plus logique de dire carrément : Non, le Spiritisme ne fait pas de miracles. De cette manière, il n’y a ni méprise, ni fausse interprétation. De même que le progrès des sciences physiques a détruit une foule de préjugés, et fait rentrer dans l’ordre des faits naturels un grand nombre d’effets considérés jadis comme miraculeux, le Spiritisme, par la révélation de nouvelles lois, vient restreindre encore le domaine du merveilleux ; nous disons plus : il lui porte le dernier coup, c’est pourquoi il n’est pas partout en odeur de sainteté, pas plus que l’astronomie et la géologie. »


Du reste, la question des miracles est traitée d’une manière complète et avec tous les développements qu’elle comporte dans la seconde partie du nouvel ouvrage que nous publions sous le titre de la Genèse, les miracles et les prédictions, selon le Spiritisme. [v. Caractères des miracles.] La cause naturelle des faits réputés miraculeux, dans le sens vulgaire du mot, est expliquée. Si l’auteur de l’article ci-dessus prend la peine de le lire, il verra que les guérisons de M. Jacob, et toutes celles du même genre, ne sont pas un problème pour le Spiritisme qui, depuis longtemps, sait à quoi s’en tenir sur ce point ; c’est une question presque élémentaire.

L’acception du mot miracle, dans le sens de fait extra-naturel, est consacrée par l’usage ; l’Église la revendique pour son compte comme partie intégrante de ses dogmes ; il nous paraît donc difficile de faire revenir ce mot à son acception étymologique sans s’exposer à des quiproquos.  †  Il faudrait, dit l’auteur, un mot nouveau ; or, comme tout ce qui n’est pas en dehors des lois de la nature est naturel, nous n’en voyons pas d’autre pouvant les embrasser tous que celui de phénomènes naturels.

Mais les phénomènes naturels, réputés miraculeux sont de deux ordres : les uns dépendent des lois qui régissent la matière, les autres des lois qui régissent l’action du principe spirituel. Les premiers sont du ressort de la science proprement dite, les seconds sont plus spécialement dans le domaine du Spiritisme. Quant à ces derniers, comme ils sont, pour la plupart, une conséquence des attributs de l’âme, le mot existe ; on les appelle phénomènes psychiques, et, quand ils sont combinés avec les effets de la matière, on pourrait les appeler psyco-matériels ou semipsychiques.

L’auteur critique l’expression d’élément spirituel, par la raison, dit-il, que le seul élément spirituel est Dieu. A cela, la réponse est bien simple.

Le mot élément n’est pas pris ici dans le sens de corps simple, élémentaire, de molécules primitives, mais dans celui de partie constituante d’un tout. En ce sens, on peut dire que l’élément spirituel a une part active dans l’économie de l’univers, comme on dit que l’élément civil et l’élément militaire figurent pour telle proportion dans le chiffre d’une population ; que l’élément religieux entre dans l’éducation ; qu’en Algérie, il y a l’élément arabe et l’élément européen, etc. A notre tour, nous dirons à l’auteur que, à défaut d’un mot spécial pour cette dernière acception du mot élément, on est forcé de s’en servir.

Du reste, comme ces deux acceptions ne représentent pas des idées contradictoires, comme celle du mot miracle, il n’y a pas de confusion possible, l’idée radicale étant la même.

Si l’auteur prend la peine d’étudier le Spiritisme, contre lequel nous constatons avec plaisir qu’il n’a pas un parti pris de négation, il y trouvera la réponse aux doutes que semblent exprimer quelques parties de son article touchant la manière d’envisager certaines choses, sauf, toutefois, en ce qui concerne la science des concordances numériques dont nous ne nous sommes jamais occupé, et sur laquelle, par conséquent, nous ne saurions avoir une opinion arrêtée. [Voir : La Science de la concordance des nombres et la fatalité.]

Le Spiritisme n’a pas la prétention d’avoir le dernier mot sur toutes les lois qui régissent l’univers, c’est pourquoi il n’a jamais dit : Nec plus ultrà. Par sa nature même il ouvre la voie à toutes les nouvelles découvertes, mais jusqu’à ce qu’un principe nouveau soit constaté, il ne l’accepte qu’à titre d’hypothèse ou de probabilité.


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