Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année IX — Avril 1866.

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LE RÉVEIL DU SEIGNEUR DE COSNAC.

Notre collègue de la société de Paris, M. Leymarie, étant allé dernièrement faire un voyage dans la Corrèze,  †  s’y entretenait fréquemment du Spiritisme, et y reçut plusieurs communications médianimiques, entre autres celle que nous donnons ci-après, et qui, certes, ne pouvait être dans sa pensée, car il ignorait s’il y avait jamais eu dans le monde un individu du nom de Cosnac. Cette communication est remarquable en ce qu’elle peint la position singulière d’un Esprit qui, depuis deux siècles et demi, ne se croyait pas vivant, mais se trouvait sous l’impression des idées et de la vue des choses de son temps, sans s’apercevoir combien tout avait changé depuis.


(Tulle,  †  7 mars 1866.)

Il y a deux siècles et demi, qu’inconscient de ma position, je vois sans cesse le château fort de mes ancêtres, les fossés profonds, le seigneur de Cosnac toujours attaché à son roi, à son nom, à ses souvenirs de grandeur ; il y a des pages, des varlets partout ; des hommes d’armes partant pour une expédition secrète. Je suis tous ces mouvements, tout ce bruit ; j’entends les plaintes des prisonniers et des colons, des serfs craintifs qui passent humblement devant la demeure du maître ;… et tout cela n’est qu’un rêve !…

Mes yeux se sont ouverts aujourd’hui pour voir tout le contraire de mon rêve séculaire ! Je vois une grande habitation bourgeoise, mais plus de lignes de défense ; tout est calme. Les grands bois ont disparu ; on dirait qu’une main de fée a transformé la demeure féodale et le paysage agreste qui l’entoure. Pourquoi ce changement ?… Le nom que je porte a donc disparu et le bon vieux temps avec lui ?… Hélas ! il faut perdre mes rêves, mes désirs, mes fictions, car un nouveau monde vient de m’être révélé ! Jadis évêque, fier de mes titres, de mes alliances, conseiller d’un roi, je n’admettais que nos personnalités, qu’un Dieu créant des races privilégiées à qui le monde appartenait de droit, qu’un nom qui devait se perpétuer, et, comme base de ce système, la compression et la souffrance pour le serf et l’artisan.

Quelques mots ont pu réveiller !… Une attraction involontaire (autrefois, j’eus dit diabolique) m’a attiré vers celui qui écrit. Il a discuté avec un prêtre qui emploie, pour la défense de l’Église, tous les arguments que je répétais autrefois, tandis que lui se sert de mots nouveaux, qu’il explique simplement, et, l’avouerai-je ? c’est son raisonnement qui permet à mes yeux de voir, à mes oreilles d’entendre.  ( † )

Par lui, je perçois les choses telles qu’elles sont, et, ce qui est plus étrange, après l’avoir suivi en plus d’un endroit où il défend le Spiritisme, je reviens au sentiment de mon existence comme Esprit ; j’apprécie mieux, je définis mieux les grandes lois du vrai et du juste ; je rabaisse mon orgueil, cause de la cataracte qui a pu troubler ma raison, mon jugement, pendant deux siècles et demi, et pourtant voyez la force de l’habitude, de l’orgueil de race !… malgré le changement radical opéré dans les biens de mes aïeux, dans les mœurs, les lois et le gouvernement ; malgré les causeries du médium qui transmet ma pensée, malgré ma visite aux groupes spirites de Paris, et même à ceux des Esprits qui se préparent à l’émigration dans les mondes avancés, ou bien aux réincarnations terriennes, il m’a fallu huit jours de réflexion pour me rendre à l’évidence.

Dans ce long combat entre un passé disparu et la présent qui nous emporte vers les grandes espérances, mes résistances sont tombées, une à une, comme les vieilles armures brisées de nos anciens chevaliers. Je viens faire acte de foi devant l’évidence, et moi, de Cosnac, ancien évêque, j’affirme que je vis, que je sens, que je juge. En attendant ma réincarnation, je prépare mes armes spirituelles ; je sens Dieu partout et en tout ; je ne suis pas un démon, je récuse mon orgueil de caste, et dans mon enveloppe fluidique, je rends hommage au Dieu créateur, au Dieu d’harmonie qui appelle à lui tous ses enfants, afin qu’après des vies plus ou moins accidentées, ils arrivent purifiés dans les sphères éthérées où ce Dieu si magnanime les fera jouir de la suprême sagesse.


De Cosnac.


Nota. — L’avant-dernier archevêque de Sens se nommait Jean-Joseph-Marie-Victoire de Cosnac ; il était né, en 1764, au château de Cosnac, en Limousin, et y mourut en 1843. Le Bulletin de la Société archéologique de Sens, t. 7, p. 301, dit qu’il était le onzième prélat que sa famille avait donné à l’Église. Il n’y a donc rien d’impossible à ce qu’un évêque de ce nom ait existé au commencement du dix-septième siècle. [v. Archevêques concordataires.]



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