Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Œuvres posthumes — Première Partie.

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Chapitre 7.


INTRODUCTION A L’ÉTUDE DE LA PHOTOGRAPHIE ET DE LA TÉLÉGRAPHIE DE LA PENSÉE.

L’action physiologique d’individu à individu, avec ou sans contact, est un fait incontestable. Cette action ne peut évidemment s’exercer que par un agent intermédiaire dont notre corps est le réservoir, nos yeux et nos doigts les principaux organes d’émission et de direction. Cet agent invisible est nécessairement un fluide. Quelle est sa nature, son essence ? Quelles sont ses propriétés intimes ? Est-ce un fluide spécial ou bien une modification de l’électricité ou de tout autre fluide connu ? Est-ce ce que l’on désignait naguère sous le nom de fluide nerveux ? N’est-ce pas plutôt ce que nous désignons aujourd’hui sous le nom de fluide cosmique lorsqu’il est répandu dans l’atmosphère, et de fluide périsprital lorsqu’il est individualisé ?

Cette question, du reste, est secondaire.

Le fluide périsprital est impondérable, comme la lumière, l’électricité et le calorique. Il est invisible pour nous dans l’état normal, et ne se révèle que par ses effets ; mais il devient visible dans l’état de somnambulisme lucide, et même dans l’état de veille pour les personnes douées de la double vue. A l’état d’émission, il se présente sous forme de faisceaux lumineux, assez semblables à la lumière électrique diffusée dans le vide ; c’est à cela, du reste, que se borne son analogie avec ce dernier fluide, car il ne produit, ostensiblement du moins, aucun des phénomènes physiques que nous connaissons. Dans l’état ordinaire, il reflète des teintes diverses selon les individus d’où il émane ; tantôt d’un rouge faible, tantôt bleuâtre ou grisâtre, comme une brume légère ; le plus généralement il répand sur les corps environnants une nuance jaunâtre plus ou moins prononcée.

Les rapports des somnambules et des voyants sont identiques sur cette question ; nous aurons d’ailleurs l’occasion d’y revenir en parlant des qualités imprimées au fluide par le mobile qui les met en mouvement et par l’avancement de l’individu qui les émet.

Aucun corps ne lui fait obstacle ; il les pénètre et les traverse tous ; jusqu’à présent, on n’en connaît aucun qui soit capable de l’isoler. La volonté seule peut en étendre ou en restreindre l’action ; la volonté, en effet, en est le principe le plus puissant ; par la volonté, on en dirige les effluves à travers l’espace, on l’accumule à son gré sur un point donné, on en sature certains objets, ou bien on le retire des endroits où il surabonde. Disons en passant que c’est sur ce principe qu’est fondée la puissance magnétique. Il paraît enfin être le véhicule de la vue psychique, comme le fluide lumineux est le véhicule de la vue ordinaire.

Le fluide cosmique, bien qu’émanant d’une source universelle, s’individualise pour ainsi dire dans chaque être, et acquiert des propriétés caractéristiques qui permettent de le distinguer entre tous. La mort même n’efface pas ces caractères d’individualisation qui persistent de longues années après la cessation de la vie, ainsi que nous avons pu nous en convaincre. Chacun de nous a donc son fluide propre qui l’environne et le suit dans tous ses mouvements comme l’atmosphère suit chaque planète. L’étendue du rayonnement de ces atmosphères individuelles est très variable ; dans un état de repos absolu de l’esprit, ce rayonnement peut être circonscrit dans une limite de quelques pas ; mais sous l’empire de la volonté, il peut atteindre à des distances infinies ; la volonté semble dilater le fluide comme la chaleur dilate les gaz. Les différentes atmosphères particulières se rencontrent, se croisent, se mêlent sans jamais se confondre, absolument comme les ondes sonores qui restent distinctes malgré la multitude des sons qui ébranlent l’air simultanément. On peut donc dire que chaque individu est le centre d’une onde fluidique dont l’étendue est en raison de la force et de la volonté, comme chaque point vibrant est le centre d’une onde sonore dont l’étendue est en raison de la force de la vibration ; la volonté est la cause propulsive du fluide, comme le choc est la cause vibrante de l’air et propulsive des ondes sonores.

Des qualités particulières de chaque fluide résulte entre eux une sorte d’harmonie ou de désaccord, une tendance à s’unir ou à s’éviter, une attraction ou une répulsion, en un mot les sympathies ou les antipathies que l’on éprouve souvent sans causes déterminantes connues. Est-on dans la sphère d’activité d’un individu, sa présence nous est quelquefois révélée par l’impression agréable ou désagréable que nous ressentons de son fluide ! Sommes-nous au milieu de personnes dont nous ne partageons pas les sentiments, dont les fluides ne s’harmonisent pas avec le nôtre, une réaction pénible nous oppresse, et nous nous y trouvons comme une note dissonante dans un concert ! Plusieurs individus sont-ils, au contraire, réunis dans une communauté de vues et d’intentions, les sentiments de chacun s’exaltent en proportion même de la masse des puissances régissantes. Qui ne connaît la force d’entraînement qui domine les agglomérations où il y a homogénéité de pensées et de volontés ? On ne saurait se figurer à combien d’influences nous sommes ainsi soumis à notre insu.

Ces influences occultes ne peuvent-elles pas être la cause provocante de certaines pensées ; de ces pensées qui nous sont communes au même instant avec certaines personnes ; de ces vagues pressentiments qui nous font dire : Il y a quelque chose dans l’air qui présage tel ou tel événement ? Enfin, certaines sensations indéfinissables de bien-être ou de malaise moral, de joie ou de tristesse, ne seraient-elles point l’effet de la réaction du milieu fluidique dans lequel nous sommes, des effluves sympathiques ou antipathiques que nous recevons et qui enveloppent comme les émanations d’un corps odorant ? Nous ne saurions nous prononcer affirmativement sur ces questions d’une manière absolue, mais on conviendra tout au moins que la théorie du fluide cosmique, individualisé dans chaque être sous le nom de fluide périsprital, ouvre un champ tout nouveau à la solution d’une foule de problèmes jusqu’alors inexpliqués.

Chacun, dans son mouvement de translation, emporte donc avec soi son atmosphère fluidique, comme l’escargot emporte sa coquille ; mais ce fluide laisse des traces de son passage ; il laisse comme un sillage lumineux inaccessible à nos sens, à l’état de veille, mais qui sert aux somnambules, aux voyants et aux Esprits désincarnés, pour reconstruire les faits accomplis et analyser le mobile qui les a fait exécuter.

Toute action physique ou morale, patente ou occulte, d’un être sur lui-même ou sur un autre, suppose d’un côté une puissance agissante, de l’autre une sensibilité passive. En toutes choses, deux forces égales se neutralisent, et la faiblesse cède à la force. Or les hommes n’étant pas tous doués de la même énergie fluidique, autrement dit, le fluide périsprital n’ayant pas chez tous la même puissance active, ceci nous explique pourquoi, chez quelques-uns, cette puissance est presque irrésistible, tandis qu’elle est nulle chez d’autres ; pourquoi certaines personnes sont très accessibles à son action, tandis que d’autres y sont réfractaires.

Cette supériorité et cette infériorité relatives dépendent évidemment de l’organisation ; mais on serait dans l’erreur si l’on croyait qu’elles sont en raison de la force ou de la faiblesse physiques. L’expérience prouve que les hommes les plus robustes subissent quelquefois les influences fluidiques plus aisément que d’autres d’une constitution beaucoup plus délicate, tandis que l’on trouve souvent chez ces derniers une puissance que leur frêle apparence n’aurait pu faire soupçonner. Cette diversité dans le mode d’action peut s’expliquer de plusieurs manières.

La puissance fluidique appliquée à l’action réciproque des hommes les uns sur les autres, c’est-à-dire au magnétisme, peut dépendre : 1° de la somme de fluide que chacun possède ; 2° de la nature intrinsèque du fluide de chacun, abstraction faite de la quantité ; 3° du degré d’énergie de la force impulsive, peut-être même de ces trois causes réunies. Dans la première hypothèse, celui qui a le plus de fluide en donnerait à celui qui en a le moins plus qu’il n’en recevrait ; il y aurait, dans ce cas, analogie parfaite avec l’échange de calorique que font entre eux deux corps qui se mettent en équilibre de température. Quelle que soit la cause de cette différence, nous pouvons nous rendre compte de l’effet qu’elle produit en supposant trois personnes dont nous représenterons la puissance par trois nombres 10, 5 et 1. Le 10 agira sur 5 et sur 1, mais plus énergiquement sur 1 que sur 5 ; 5 agira sur 1, mais sera impuissant sur 10 ; enfin 1 n’agira ni sur l’un ni sur l’autre. Telle serait la raison pour laquelle certains sujets sont sensibles à l’action de tel magnétiseur et insensibles à l’action de tel autre.

On peut encore, jusqu’à un certain point, expliquer ce phénomène en se reportant aux considérations précédentes. Nous avons dit, en effet, que les fluides individuels sont sympathiques ou antipathiques les uns par rapport aux autres. Or, ne pourrait-il se faire que l’action réciproque de deux individus fût en raison de la sympathie des fluides, c’est-à-dire de leur tendance à se confondre par une sorte d’harmonie, comme les ondes sonores produites par les corps vibrants ? Il est indubitable que cette harmonie ou sympathie des fluides est une condition, sinon absolument indispensable, au moins très prépondérante, et que, lorsqu’il y a désaccord ou sympathie, l’action ne peut être que faible ou même nulle. Ce système nous explique bien les conditions préalables de l’action ; mais il ne nous dit pas de quel côté est la puissance, et tout en l’admettant, nous sommes forcés de recourir à notre première supposition.

Du reste, que le phénomène ait lieu par l’une ou par l’autre de ces causes, cela ne tire aucune conséquence ; le fait existe, c’est l’essentiel : ceux de la lumière s’expliquent également par la théorie de l’émission et par celle des ondulations ; ceux de l’électricité par les fluides positif et négatif, vitré et résineux.

Dans une prochaine étude, nous appuyant sur les considérations qui précèdent, nous chercherons à établir ce que nous entendons par la Photographie et la Télégraphie de la pensée.


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